Materialists, dating et vie amoureuse à l’ère Tinder
- Gaëlle

- 4 juil. 2025
- 4 min de lecture

Je suis allée voir Materialists (2025), le dernier film de Celine Song (Past Lives, 2023), un film que j’attendais depuis son annonce. Et boy… j’ai des choses à dire.
Je suis quelqu’un de relativement simple qui change ses personnalités selon ses différentes obsessions du moment. Il suffit donc de m’annoncer qu’une nouvelle comédie romantique avec pour leads Dakota Johnson, Pedro Pascal et Chris Evans pour que je sois une vendue réservant à l’avance ma place de cinéma. Ajoutez à cela que Celine Song est à la réalisation et vous pouvez être sûrs que je serais la première dans la salle, attendant joyeusement d’avoir le cœur brisé.
Pourquoi brisé ? Probablement parce que ma dernière expérience avec une réalisation de Celine Song fut Past Lives (2023). Celui-ci se penchait sur une relation amoureuse qui aurait dû fonctionner si elle n’avait pas été du type “right person, wrong time”. Tout le film reposant sur la question du “et si ?” Et si elle était restée ? Et s’il l’avait rejoint ? Et s'ils n'avaient pas grandit loin l'un de l'autre.
Et si, et si, et si…
Vous l’aurez donc compris, je suis une incorrigible romantique. Une amoureuse de l’amour qui ne peut que se réjouir chaque fois que ses amis lui annoncent avoir rencontré quelqu’un, qui s’indigne quand ces derniers lui annoncent leur rupture. Est-ce que, comme Lucy (Dakota Johnson) de Materialists, je suis douée avec la romance et le dating ? Pas vraiment.
Materialist se penche sur l’univers du matchmaking à l’ère de Tinder, Hinge et Bumble. Une ère où l’instantanéité empiète sur nos relations amoureuses. Une ère où on exige obtenir tout de suite l’Amour avec un grand A. Lucy est bonne à ce jeu. Matchmakeuse, elle a à son actif neuf mariages entre ses (riches) clients de Manhattan. En revanche, Lucy est célibataire. Mais de façon volontaire, comme elle l’assure à une de ses collègues et amies. Elle sait que la prochaine personne qu’elle “datera” sera son futur mari. Et celui-ci aura une case à cocher : être riche.
Entre en scène, Harry (Pedro Pascal), frère de son dernier client à s’être marié. Harry coche toutes les cases. Il est beau, grand, fortuné, intelligent, drôle et se comporte en véritable gentleman. Lucy le compare même à une licorne : un être trop parfait pour exister. Il serait la parfaite nouvelle recrue pour son agence. Sauf que lui se voit plus comme le futur mari de Lucy. Et il est prêt à la convaincre.
Alors même que revient dans la vie de cette dernière son ancien compagnon : John (Chris Evans). Tout aussi charmant (et même un peu plus grand qu’Harry), John n’est pas du genre “husband material”. Non, il est même tout l’inverse. A 37 ans, John est un comédien loupé qui continue de prendre des petits boulots pour survivre et vit toujours dans une colocation insalubre où l’intimité n’est que fantasme. Cela pourrait être drôle à la fac mais autant dire qu’après cinq ans de relation et de disputes sur leur situation financière, Lucy a fini par lui briser le cœur pour obtenir la vie dont elle rêvait.
Sauf que la vie se passe rarement comme on l’a prévu et maintenant ce trio doit trouver une réponse à la question : qui Lucy va-t-elle choisir ?
Sur le papier, l’histoire est très classique. La réalité est pourtant un peu différente puisque Celine Song, ancienne matchmakeuse elle-même, nous propose une critique de nos vies amoureuses actuelles. Très exigeants, nous souhaitons obtenir tout rapidement, sans avoir à travailler sur le fonctionnement d'une relation.
De façon ingénieuse, Celine Song pointe du doigt nos mauvaises habitudes à vouloir tout catégoriser en petites cases à cocher. S’il en manque, alors l’autre n’est pas un bon investissement. Le film s’ouvre d’ailleurs avec une analyse des relations amoureuses fonctionnant selon Lucy : un passé similaire, une éducation similaire, des valeurs et opinions politiques similaires, l’homme doit en général être plus grand, la femme plus jeune et enfin les deux doivent être objectivement aussi beau l’un que l’autre. Déprimant n’est-ce pas ?
Je me suis moi-même essayée à l’exercice. S’inscrire sur une application est drôle au départ, on se prend rapidement au jeu du swipe et, en tant que femme, je sais qu’il est plus facile pour moi de faire mon choix. En revanche, cela n’enlève pas le sentiment d’être au supermarché à sélectionner des articles d’une étagère et se décider à la dernière minute de les laisser avant de partir sans rien acheter. Ou du moins, c’est à peu près mon analyse de la dating sphère parisienne.
Après quelques mois sur les applications, une vraie fatigue s’est imposée à moi. Je n’avais plus envie de faire d’effort en matchant avec des gens. Les règles des applications de rencontre sont juste contraignantes et usantes : répond vite, mais pas trop parce tu passeras pour une désespérée. Soit drôle, mais pas plus que lui sinon il se sentira mal. Montre-toi entreprenante, mais pas trop parce que tu passeras pour quelqu’un de facile. Tu dois être disponible mais aussi avoir un agenda rempli. Ce faux désintérêt, comme si on se fichait de rencontrer quelqu'un mais qu'on nous devait une vie amoureuse/sexuelle épanouie, est juste trop fatiguant. Et cela sans prendre en compte la possibilité de rencontrer des tordus.
En ce point je rejoins Lucy qui explique à Harry que l’amour ne doit pas être si compliqué. L’amour, c’est quelque chose de simple, une fluidité dans les conversations, dans sa façon d’être avec l’autre. C’est, à mon sens, atteindre un niveau d’intimité où l’on apprécie autant les silences que les conversations durant des heures.
A la différence d’une relation qui demande du travail pour rester saine, l’amour se nourrit de la simple présence de l’autre.
Et quand on entre dans une relation où le sentiment amoureux est aussi compliqué à alimenter que mon compte en banque en période de soldes, c’est que cette relation n’est pas faite pour durer.
Avec Materialists, Celine Song signe une très bonne satire de notre société occidentale et de nos comportements amoureux. Le mariage a toujours été un acte financier plus qu’un acte romantique. Une relation en revanche peut se développer en entretenant un sentiment amoureux.




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