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Adieu Princes Charmants : les monstres sont notre nouvel idéal

  • Photo du rédacteur: Gaëlle
    Gaëlle
  • 22 nov. 2025
  • 4 min de lecture



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Oubliez les héros trop parfaits, nous préférons aujourd’hui les silhouettes brisées, les regards fiévreux et les corps indociles. 


Il flotte actuellement au cinéma un obsession singulière pour le monstre. Créature trop longtemps reléguée aux marges, elle est enfin ramenée au centre en tenant moins du conte de fées mais de la fable gothique. Après des décennies de super-héros bien lisses, bien propres sur eux et de romances lisses, les monstres reviennent plus beaux, plus tragiques et plus irrésistibles que jamais. 


Et je peux vous l’avouer, moi qui ai toujours eu un faible pour les vilains des films, moi qui était plus facilement attirée par le Winter Soldier que Captain America, qui préférait Hadès à Hercules, ce retournement de situation n’a rien d’étonnant. Ce ne sont plus les Princes Charmants qui nous attirent, mais les Monstres qui révèlent notre humanité. 


Dans un monde où nos certitudes vacillent, où les identités se recomposent, la figure du Monstre n’est plus une menace mais un miroir. Et trois films nous l’ont prouvé récemment : Frankenstein (2025) et The Shape of Water (2017) de Guillermo del Toro et Nosferatu (2024) de Robert Eggers. 


Ce que ces œuvres partagent c’est la promesse de regarder le Monstre autrement. Non plus comme un cauchemar mais comme une icône. 


Frankenstein : un film comme musée vivant 


Frankenstein s’impose comme une exposition gothique. Del Toro ne réalise pas un film, il peint une fresque pour nous révéler un imaginaire où se croiseraient les silhouettes solitaires de Caspar David Friedrich, la violence du clair-obscur du Caravage et les motifs organiques, presque religieux des symbolistes. 


Les costumes de Kate Hawley ne se contentent pas de raconter leur époque. Au contraire, ils sont là pour mimer la métamorphose de chaque personnage (tout en faisant des clins d'œil aux précédentes adaptations du roman de Mary Shelley). Prenons en exemple la robe anatomique d’Elizabeth. Non seulement celle-ci devrait être exposée au Louvre (quand ils auront réglé leurs petits problèmes de sécurité) mais elle révèle également que le corps est avant tout un terrain d’émotions, de tensions et de fractures. Comme la Créature, Adam, l’est. D’une vulnérabilité saisissante, celui-ci ne représente plus l’aberration, c’est un homme à peine né, perdu dans un monde qui ne sait et ne peut que le craindre. 


Del Toro transforme ainsi la Créature en héros romantique inversé. Il en fait une icône picturale, un être situé quelque part entre sculpture baroque, portrait romantique et étude anatomique. En somme, un monstre devenu œuvre d’art. 



The Shape of Water ou la sensualité de l’Autre


Dans The Shape of Water la question n’est plus “qu’est-ce qu’un Monstre ?” mais “qu’est-ce qu’un être désirable ?” Et la réponse est fluide, presque charnelle : l’Autre.


Les teintes bleutées utilisées pour rendre les costumes saturés d’eau, les mouvements de caméra qui caressent le corps : tout rappelle la douceur d’un rêve humide, au sens poétique comme au sens viscéral. Del Toro capte ici ce que beaucoup de réalisateurs redoutent : la sensualité de l’inconnu, la beauté de ce qui échappe aux codes. 


Ici, la créature n’est plus symbole du mal mais de l'amour que l’on ne saurait nommer. Le Monstre n’est plus l’interdit mais le désir. 


Les costumes de Luis Sequeira, plongés dans une gamme de bleus-verts, presque monochrome, s’intègrent dans le décor avec précision : le vêtement n’habille pas le personnage, il épouse son monde intérieur. Tout le film est une caresse visuelle, un fantasme assumé. Et c’est là tout le point : la sensualité n’exclut pas la clairvoyance, le romantisme n’empêche pas la lucidité. 


Del Toro analyse l’amour en questionnant l’altérité : ce qui attire, ce qui consume, ce qui dérange. 



Nosferatu ou l’élégance du macabre 


Robert Eggers, de son côté, propose un monstre radical. Son Nosferatu n’a rien du vampire glamourisé que nous avait proposé Twilight. Il est un retour à la source, un corps qui dérange, au visage fissuré qui  révèle  sa structure même. Eggers traite la créature vampirique comme un nœud entre le désir et la terreur. 


Mais sa créature n’en reste pas moins sensuelle parce que la caméra enregistre la peau, le souffle, l’ombre comme des tissus glissant sur notre écran. 


Lily-Rose Depp, actrice que j'abhorre la plupart du temps, se révèle à travers son Ellen dont la fragilité n’est jamais naïve. Amaigrie, vaporeuse, un peu hantée, Depp reste terriblement moderne dans sa fragilité. Les costumes sont là pour renforcer cette image de l’humain-spectre : tulles arachnéens, étoffes qui effleurent la peau, silhouettes prêtes à se dissoudre dans la lumière. 


Face à elle, le comte Orlok n’est plus un simple vampire mais un absolu d'esthétisme, une présence qui fascine autant qu’elle effraie. La créature est alors figure de désir contrarié, d’obsession de l’esprit, d’érotisme sombre. 



Et pourquoi tout cela résonne aussi bien en nous maintenant ? Parce que notre époque a changé et que nous avons cessé de croire aux contes qui finissent bien. Parce que, j’ose espérer, nous avons réalisé que la beauté se trouve dans les fissures et non dans la perfection.


Chacun à leur manière, del Toro et Eggers racontent que le Monstre est le seul personnage honnête de leurs récits. Celui qui ne masque pas ses contradictions, ne prétend pas être parfait et qui expose tout, même ce qui dérange. 


Nous n’avons plus besoin de héros sans défaut. Nous cherchons désormais des êtres qui nous ressemblent dans nos incohérences. Et qui mieux que les Monstres pour nous toucher et nous fasciner dans leur imperfection ? 


Définitivement, les Princes Charmants ne nous attirent plus, mais les Monstres oui. Parce qu’ils révèlent nos parts d’humanité. Et peut-être, là est le comble, qu’il n’y a rien de plus séduisant que cela.  

 
 
 

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