Jacquemus et la Rose de Versailles
- Gaëlle

- 2 juil. 2025
- 3 min de lecture

Après avoir investi le bord du Grand Canal en 2023 pour sa collection “Le Chouchou”, Jacquemus remet ça à Versailles pour clôturer la Semaine de la mode masculine de Paris dimanche 29 juin.
Il faut savoir quelque chose sur moi, j’ai une certaine obsession pour Marie-Antoinette et son histoire. Son esthétique est peut-être une de mes préférées et je pense sincèrement qu’elle est l’un des personnages les moins bien compris de l’histoire de France. Probablement parce qu’elle était autrichienne et qu’à partir de la Révolution Française on a aimé la dépeindre en croqueuse de diams, agissant contre les intérêts de la France. Ou aussi parce que Sofia Coppola en a fait une véritable esthétique avec son film (plus que romancé) de 2006. En tout cas une chose est vraie sur la dernière Reine de France (près Révolution j’entends) : elle vivait pour romancer sa vie.
En démontre le Hameau de la Reine qu’elle a fait construire dans les jardins de Versailles pour y jouer à la Campagne. Là, elle venait se ressourcer loin des mondanités de la cour. Élevait des agneaux qu’elle paraît de rubans, buvait du lait, bref, de nos jours on aurait dit qu’elle partait toucher de l’herbe pour arrêter de faire des folies. Le problème de ce hameau était qu’il n’était qu’une vision fantasmée de la vie à la campagne. Aucun français vivant en province à la fin du 18ème siècle ne menait la vie “simple” et “naturelle” que Marie-Antoinette et ses suivantes vivaient dans la sécurité de Versailles.
Et c’est à nouveau cette dissonance que nous propose, des centenaires plus tard, Jacquemus avec sa collection “Le Paysan”. L’enfant du Sud souhaitait faire “écho à (sa) famille, qui vendait des fruits” comme il le déclara au Figaro. Probablement la raison pour laquelle cette fois-ci ce fut L’Orangerie qui fut choisie pour accueillir le défilé.
Ce parcours “autobiographique”, qu’il avait déjà exposé sur les réseaux en amont de la collection, se voulait donc présent dans les jupes évasées , les tabliers à manches courtes présentées en début de défilé… pour être suivi par des robes fourreau, des tailleurs et robes longues. Sans oublier la dentelle très souvent présente dans ses collections.
On salue le traitement de la silhouette androgyne et le travail des proportions. Épaules généreuses, tailles resserrées, jeu entre structure et ensembles décontractés. On n'est certes pas de la fausse nonchalance parisienne mais on est encore loin de la Provence.
Néanmoins, on peut en deviner la raison : on observe aujourd’hui que la gamme homme de Jacquemus représente presque la moitié du chiffre d’affaire de la marque quand il était encore monopolisé par le segment femme jusqu’à présent. En capitalisant sur ce revirement, Jacquemus se devait donc de répondre un peu plus aux attentes de cette clientèle et de toucher une clientèle internationale qui se rêve en “Paysan” provençale, large chemise volant au vent, drapés vertigineux, longues robes… mais attention, sans jamais vraiment oublié sa vie urbaine ou l’on renfile tailleurs et cravate.
Le travail est soigné, l’allure travaillée, il n’y a rien à redire dessus mais de là parler de Paysan ?
Comme Marie-Antoinette, plus qu’une “autobiographie” de la vie paysanne de sa famille, Jacquemus nous offre une vision fantasmée du Paysan montant à la ville, le tout dans un écrin grandiose, bien loin de l’herbe verte et des champs.




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