The Boyfriend ou comment ma première lecture de 2026 a frôlé le DNF
- Gaëlle

- il y a 4 jours
- 4 min de lecture

Chronique d’un thriller trop swipeable.
Il y a deux types de livres : ceux qu’on dévore, et ceux qu’on termine uniquement parce qu’on déteste abandonner. The Boyfriend de Freida McFadden appartient clairement à la deuxième catégorie. Quatre chapitres. C’est le temps qu’il m’a fallu pour comprendre que je n’étais pas la cible. Ni même une cible secondaire. Disons plutôt un dommage collatéral.
Et pourtant, j’y suis allée avec une certaine ouverture d’esprit. Avec tout ce que j’avais entendu sur l’écriture de Freida McFadden (best-sellers en rafale, twists “impossibles à prévoir”, addiction garantie, etc.) je m’attendais à tout. Mais visiblement pas à ça.
Petit contexte, parce que toute bonne critique mérite son origine story. Dans ma famille paternelle, Noël n’est pas une fête : c’est une institution. Les cadeaux se pensent, se traquent et se planifient des mois à l’avance, comme une campagne marketing bien huilée.
L’année dernière, un nom revenait en boucle dans les conversations : Freida McFadden. Louée, adorée et dévorée. Problème : s’il est un terrain où nous ne nous rencontrons jamais, c’est bien celui des goûts littéraires. Là où ils raffolent de thrillers sanglants et sans états d’âme, je préfère tout, vraiment tout, sauf le gore. Autant dire que cet adoration familiale n'augurait rien de bon.
Dans un acte de bonne volonté, j’offre The Boyfriend à ma belle-mère. Édition limitée, festive et brillante, rouge sanglant. Le genre de livre qui promet beaucoup avant même la première page. Plot twist : mon père avait acheté le même, mais édition standard. Résultat ? Je repars avec l’exemplaire de mon père. Ce sera ma première lecture de 2026.
L’univers a parfois un sens de l’humour douteux.
Sydney, trentenaire new-yorkaise, est célibataire, comptable et malheureuse (peut-être que ce-ci pourrait expliquer cela…). Visiblement, notre héroïne est aussi persuadée que le monde entier devrait s'arrêter de tourner parce qu’elle n’a pas encore trouvé “le bon”. Après une relation ratée (il travaillait trop, apparemment le crime ultime), elle se lance sur une application de rencontres réservée aux New-Yorkais. Parce que l’amour, oui, mais il doit être local.
Les dates s’enchaînent, tous plus nuls les uns que les autres jusqu’au date de trop : body shaming, FaceTime avec la mère du prétendant (???), puis agression. Sydney est néanmoins sauvée par Tom ; beau, charmant, mystérieux. Un vrai green flag ambulant. Mais qui disparaît sans laisser le moindre moyen de savoir qui il est et comment le revoir.
La suite ? Une meilleure amie assassinée. Probablement par cet homme qu’elle avait rencontré sur une appli. La même que Sydney utilise. Est-ce que pour autant cette dernière se calme dans l’utilisation de l'application ? Oui. Pour trois mois. Ensuite, retour sur le marché. Après tout, quelles sont les chances de tomber sur le même type que son amie ? Les serial killers ne courent pas les rues voyons. Non ?
Si cette histoire vous semble prévisible, c’est parce qu’elle l’est. A un point presque insultant. Les twists qu’on m’avait vendus comme “impossibles à anticiper” m’ont sauté aux yeux avant la moitié du livre. La double narration passé/présent, Tom/Sydney ? Un gadget. L'intrigue ? Usée jusqu’à l’os. L’écriture ? J’ai eu des conversations mieux construites avec ma meilleure amie après deux bouteilles de Chardonnay.
Franchement, j’ai connu des bios Hinge mieux travaillées (et là, les twists n'étaient pas prévisibles au moins).
Mais le vrai problème, c’est Sydney. Rarement une héroïne m’a autant donné envie de lever les yeux au ciel. Archétype ultime de la pick me, Sydney est centrée sur elle-même, passive face au danger, infecte dans sa façon de parler de ses amies, surtout quand celles-ci osent être en couple alors qu’elle ne l’est pas.
Elle découvre le corps mutilé de celle qu’elle considère comme sa meilleure amie et… continue sa vie comme si de rien n’était . Les red flags les plus violents deviennent “meh” dans son esprit. Écraser une souris au marteau (un exemple vraiment hypothétique) ? Bof. Normal. Ce qui compte vraiment, c’est de trouver un homme, se marier, avoir des enfants et déménager en banlieue. Fin de la réflexion.
A ce stade, on ne se trouve plus dans le déni mais dans le cas clinique.
En refermant le livre, une pensée s’est imposée. Des mois plus tôt, une collègue m’avait évoqué une rumeur persistante : et si les romans de Freida McFadden étaient au moins en partie écrits par une intelligence artificielle ?
Après cette lecture, l’idée ne me semble plus si farfelue. Répétitions, absence de style, clichés empilés… Tout donne l’impression d’un texte optimisé pour la consommation rapide plutôt que pour la qualité littéraire. Si aide il y a eu, le prompt n’était pas le bon.
Freida McFadden est-elle aidée par une IA ? Est-elle elle-même une IA ? Son succès est-il surévalué ? Peut-être. Et peut-être aussi que son travail trouve exactement le public qu’il cherche. Après tout, toute création n’est pas destinée à plaire à tout le monde.
Mais espérons une chose : que cette production frénétique ne devienne pas la norme dans l’édition. Il faut qu'un ralentissement s’opère pour que la quantité laisse, un jour, un peu plus de place à la qualité.
En attendant, The Boyfriend restera pour moi ce livre que j’ai terminé par principe et certainement pas par amour.




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