The Death of a Showgirl
- Gaëlle

- 5 oct. 2025
- 6 min de lecture

“On October 3rd he asked me what day it is and I answered” IT’S TAYLOR SWIFT DAY BABY.
Je vais avoir besoin de vous demander un service. Pour la rédaction de cette review, j’ai voulu à tout prix vous emmener dans un petit voyage temporel pour vous expliquer d’où vient mon point de vue. Fermez donc les yeux une seconde, prenez une grande inspiration. Quand vous ouvrirez les yeux à nouveau, vous aurez onze ans, vous êtes en 2008 et vous rentrez d’un cours de danse avec votre meilleure amie.
Vous y êtes ? Parfait. Vous voilà dans ma tête le jour où, alors que nous étions en train de nous faire toute la playlist d’Avril Lavigne sur YouTube, ma meilleure amie et moi sommes tombées, par hasard sur le clip ‘Love Story’ de Taylor Swift. Pour la pré-adolescente que j’étais et qui lisait déjà pour le plaisir des pièces de Shakespeare, ce fut une révélation. À partir de ce moment, Mademoiselle Taylor Alison Swift ne cessa de me suivre à chaque moment de ma vie. Après avoir découvert son album Fearless, je découvrais aussi son album Debut. Suivirent Speak Now, Red, 1989, Reputation, Lover, Folklore, Evermore, Midnights, The Tortured Poets Department et, en ce 3 octobre 2025 The Life of a Showgirl.
Chaque album marque un petit moment de ma vie, chaque musique pouvant symboliser un passage plus ou moins critique. Les morceaux pouvant être des pages arrachées de mon journal intime. Je grandissais avec Taylor, je grandis toujours d’une certaine façon avec elle. Je n’ai pris conscience de cette relation presque parasociale qu’avec la sortie de l’album Midnights en 2022. Je rentrais dans ma dernière d’étude et autant vous dire qu’elle fut marqué par un nombre indécents de changements : fin de mes études donc, dernier stage dans une entreprise où je me sentais chez moi mais qui fit le choix de ne pas m’embaucher, fin de ma plus grande relation amoureuse, amitié fusionnelle, me perdre dans des soirées, me perdre dans des relations sans lendemain… 2022 et 2023 furent donc mouvementés. Et quand je pensais être au plus bas, Taylor Swift fut encore là pour mettre en chansons ce que je ressentais. Le 19 Avril 2024, Swift sortait le maintenant iconique ‘The Tortured Poets Department’. Religieusement réunies chez moi, ma meilleure amie et moi l’écoutâmes, toujours plus frappées de faire des liens entre les paroles de certains titres et les expériences que nous étions en train de vivre.
Pour vous donner une idée, TTPD m’aida à passer à travers un épisode dépressif, à dépasser une situation amoureuse qui me laissa sur le carreau et me remettre de la perte d’une amitié que je pensais éternelle (merci aux titres ‘The Prophecy’, ‘Guilty As Sin’, ‘The Smallest Man Who Ever Lived’, ‘Who’s Afraid of Little Old Me’, ‘I Can Do It With A Broken Heart’).
Et depuis ? La conclusion d’une tournée dont les chiffres donnent le tournis, des records battus et une vie privée qui semble plus qu’heureuse. Taylor Swift ne s’arrête pas jusqu’à ce 12 août où Mademoiselle décida de nous révéler dans un épisode exceptionnel du podcast de son nouveau fiancé, le joueur de football américain Travis Kelce, la sortie de son douzième album : The Life of a Showgirl. Explosion de couleurs, de paillettes et de réactions dans le monde entier. Les fans ne pouvaient que spéculer sur chaque nouveau titre et surtout sur ce qu’allait donner ce retour à la girly pop.
Plus besoin d’imaginer, le nouvel album est là et en 12 titres seulement (une tracklist très courte quand la dernière sortie en comportait 31) celle qui s’est hissée au titre de Reine de la Pop et qui a pour réputation d’être l’Industrie de la Musique (quand on parle de résultats et de retombées médiatiques) a su imposer un nouvel univers. Et autant le dire : celui-ci divise, même dans sa communauté de fans les plus fidèles.
On est très loin de ce qu’elle avait pu nous offrir avec des albums comme Folklore et Evermore, bercés par une plume poétique où le sotrytelling nous contait des vies que nous ne pouvions qu’envisager pendant les différents confinements. Loin aussi de l’univers doux-amer de Midnights où un semblant de retour à la normale nous imposait de revoir nos priorités (et nos relations, j’aurai dû envoyer le titre ‘You’re Losing Me’ a mon ex lors de notre séparation). Très loin aussi de la plume académique de The Tortured Poets Department où nous sommes tous arrivés à la conclusion que les thérapies avaient du bon (et que nous devrions tous en suivre une pour si nous nous retrouvions dans le moindre des titres de cet album). Non ‘The Life of a Showgirl’ est définitivement un renouveau, une renaissance et en même temps…
Et en même temps c’est bien ce qui gêne. On est à la fois trop loin de ce à quoi nous étions habitués jusque-là et trop proche de ce que nous avions pu avoir avec des albums comme Red ou 1989. C’est pop, c’est acidulé, enfantin, parfois presque nunuche, incroyablement joyeux quand depuis plusieurs années nous suivons les déboires d’une artiste qui a su marquer ces dix-sept années de carrière en se réinventant à chaque nouvelle sortie.
Et si ‘The Life of a Showgirl’ était justement à propos de cela ? Annoncé comme une plongée dans les backstages de sa dernière tournée pour nous donné un aperçu de la vie derrière les rideaux, l’album avait donné lieu à toutes les théories les plus folles. Tous les fans s’attendaient, littéralement, à des aperçus de ce qu’est vraiment une tournée et de faire trois à quatre fois par semaines des concerts de 3h30 devant des millions de spectateurs. Sauf que non, Taylor a décidé qu’elle en avait assez de nourrir ce récit et de juste tuer la Showgirl.
En résulte cet album. Chaque titre est un nouveau moyen de se montrer sans masque, sans artifice. ‘The Fate of Ophelia’ est juste une lettre d’amour à sa nouvelle relation, ‘Elizabeth Taylor’ revient sur la réalité de sa relation avec le succès et la difficulté de faire confiance dans son monde. ‘Opalite’ est une ode aux bonheurs qu’on sait se créer, ‘Father Figure’ est juste la dose de girlboss qu’on peut attendre de l’artiste, revenant sur les difficiles places de mentor et protégé dans le monde la musique. La track 5, connue pour être la plus difficile sur chacun des albums, ‘Eldest Daughter’ est une vision de ce que les femmes subissent pour ne jamais paraître ‘trop’ dans notre société, les contorsions qu’elles font pour se plier aux attentes, le tout en souriant pour ne surtout pas donner l’impression que la pression est dur à supporter. ‘Ruin The Friendship’ m’a tout simplement prise de court en me faisant d’abord danser avant de me briser le cœur, ‘Actually Romantic’ est la plus belle lettre d’amour à envoyer aux personnes qui nous détestent. ‘Wi$h Li$t’, peut-être un des titres auquel je m’identifie le moins, est juste une façon de défaire les mensonges qu’une artiste de son rang avait pu tisser pour se protéger de ses propres envies. ‘Wood’ (un de mes titres préférés) est probablement le titre le plus explicite et mature que la chanteuse ait pu produire jusqu’à présent. ‘CANCELLED!’ est tout bonnement le banger qu’il pense être en nous replongeant dans l’univers de ‘Reputation’. ‘Honey’ permet de mettre en lumière la duplicité du langage et comment un surnom peut prendre différent sens dépendant de la personne qui nous le donne. Enfin, ‘The Life of a Showgirl’, en duo avec Sabrina Carpenter, remet en avant la difficulté du métier d’artiste dans notre société, des sacrifices qu’il faut faire pour y arriver.
Je comprends la stupéfaction à la première écoute. Ce retour de la collaboration Max Martin / Shellback / Taylor Swift est aussi un retour à la pop et à ce que Taylor elle-même nomme le “glittery gel pen”, une image qu’elle a créé pour parler de ses chansons les plus pop. Oui, on est loin du lyrisme de ces dernières sorties. Oui, nous sommes aussi loin de la Bible pop que fut ‘1989’ (la collaboration légendaire de Martin / Shellback / Taylor tout comme ‘Reputation’). Mais non, l’album n’est pas mauvais. Non, il ne manque pas de cohérence. Et, non, il n’est pas pensé pour plaire à tous. Taylor signe, avant tout, avec cette sortie la mort d’une ère qui avait débuté le 17 mars 2023 avec la première date du Eras Tour. C’est la mort de son ère de showgirl pour se réapproprier sa vie, son intimité, son temps, ses relations. Et n’est-ce pas la plus belle des façons pour célébrer cette nouvelle vie à venir ?
Vous avez tenu jusqu’ici ? Vous méritez alors mon ranking des 12 titres de ‘The Life of a Showgirl’ :
1. Opalite
2. The Fate of Ophelia
3. CANCELLED!
4. Wood
5. Father Figure
6. Eldest Daughter
7. Actually Romantic
8. Elizabeth Taylor
9. Honey
10. Ruin the Friendship
11. The Life of a Showgirl
12. Wi$h Li$t




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